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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Internet au service d'une nouvelle triangulation dynamique « artiste-oeuvre-spectateur »: Nouvelles médiations et nouveaux critères de légitimation

Elsa Olu

Le monde de l'art ne réserve pas à tous ses ambassadeurs la même gloire, et ne saurait se targuer d'échapper à toute attitude discriminatoire envers ses nobles représentants. Les garants de l'ordre artistique sont légion, et sous couvert d'un élan esthétique qui se dit souvent humaniste, ils exercent un pouvoir qui, comme n'importe quel pouvoir, n'accorde ses faveurs qu'à quelques élus, fussent-ils rassemblés en une catégorie toute entière.

L'art ne saurait prétendre renverser toutes les frontières, et ici comme ailleurs sont établis des critères non-légitimes qui permettent, ou non, aux femmes et aux hommes, d'y prendre place.
Age, clivages sexuels, origine, nombreux sont les "caractères secondaires" des auteurs qui oblitèrent encore souvent la reconnaissance d'une œuvre en agissant comme critères de validation ou d'invalidation du travail artistique.

Internet semble aujourd'hui pouvoir pallier ces discriminations, notamment par la réorganisation des conditions de visibilité et de légitimation du travail des artistes.

Le Centre européen de l'image, icôn, en développant depuis décembre 2001 les concepts de « cybervernissages ® » et de « cyberexpositions », ouvre la voie à de nouveaux usages des réseaux électroniques par les photographes. En facilitant l'émergence d'une nouvelle triangulation dynamique entre l'artiste, l'œuvre et son spectateur, ces « cyberévénements » permettent de dépasser les critères d'appartenance des auteure(s) aux catégories indexées.

L'alternative électronique ou le masque identitaire 

Incidences 

Vers une nouvelle légitimité 

Si Internet recentre ainsi l'exposition autour de l'œuvre et non plus de l'artiste, ouvrant ainsi véritablement la voie à de nouveaux modes (6) de légitimation, il nous est permis de penser que l'usage des réseaux électroniques permettra à l'ensemble des artistes de se trouver, sur la toile tout du moins, sur un pied d'égalité - ou presque. L'usage des nouvelles technologies peut ainsi être considéré comme un outil au service du travail artistique, non plus seulement comme un relais à l'exposition et à la diffusion, mais également comme une stratégie de rappropriation d'un système par des personnes maintenues aux marges.

Si les évincés du système traditionnel décident de s'en saisir, « à l'écart des chemins balisés de la monstration artistique » (7), ces auteurs pourront « occuper le réseau dans ces interstices, là où l'inscription et la désignation précise des choses [et des sexes] est sans importance » (8), et accéder, enfin, à la reconnaissance qui leur est due.

Le virtuel, substrat a une nouvelle perception culturelle

Nous pouvons voir au travers de cette étude sur les modifications des conditions de visibilité de certaines catégories d'artistes, que le virtuel apparaît alors comme substrat à une nouvelle perception culturelle, capable de modifier profondément la mise en public de la création comme la réception de l'art.

L'émergence de nouveaux modes de présentation et de dispositifs de médiation, la modification des conditions de communication et d'échange autour des œuvres d'art, et tout particulièrement des critères de légitimation des œuvres, sujet de notre étude, participeront très certainement à terme à la modification des critères de validation esthétiques des œuvres. Cette idée n'est pas pour nous déplaire, car c'est peut être ce qui permettra, justement, à l'art d'éprouver sa modernité, et ouvrira une voie d'accès vers son renouvellement conceptuel. C'est peut-être aussi le substrat à une nouvelle légitimation des créations numériques, souffrant d'être lues au filtre d'une réalité étriquée dans l'archaïsme de ses forme.

Les portes sont ouvertes… et elles n'ont rien de virtuel.

 

NOTE(S)

(1) Cf. Elsa Olu, « De la critique dans les arts numériques : l'expologie au service d'une pensée de la médiation », in Archée, janvier 2002, note 3. Article complémentaire ci-contre.

(2) « Les genres de la cyberculture sont de l'ordre de la performance (…) Dans la lignée des installations, ils demandent l'implication active du récepteur, son déplacement dans un espace symbolique ou réel, la participation consciente de sa mémoire, à la constitution du message. Leur centre de gravité est un processus subjectif, ce qui les délivre de tout clôture spatiotemporelle », Pierre Lévy, Cyberculture, Ed. Odile Jacob, 1997

(3) Elsa Olu, « De la critique dans les arts numériques : l'expologie au service d'une pensée de la médiation », in Archée, janvier 2002. Article complémentaire ci-contre.

(4) Marie-Joseph Bertini, « Un événement virtuel : le concept de cybervernissage », in icôn, Centre européen de l'image, décembre 2001

(5) L'inversion des qualificatifs n'est jamais tout à fait anodine

(6) Il semble en effet qu'Internet modifie tout autant les modalités de légitimations que les critères de légitimation des œuvres d'art

(7) Jean-Paul Fourmentraux, « Les ficelles du dispositif artistique « Mouchette »" : Implication du spectateur et mise en forme de la réception dans le net.art », in Archée, Janvier 2002. Article complémentaire ci-contre.

(8) Jean-Paul Fourmentraux, « Les ficelles du dispositif artistique « Mouchette »" : Implication du spectateur et mise en forme de la réception dans le net.art », in Archée, Janvier 2002. Article complémentaire ci-contre.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).